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Déraison
Couverture Déraison Ayant fui son pays, un journaliste paranoïaque échoue au Guatemala où il révise les mille cent feuillets d'un rapport sur le génocide perpétré par l'armée contre les Indiens. La lecture des témoignages terribles des rescapés, à quoi seule est comparable la plus haute poésie, le précipite alors dans une réalité de cauchemar et de démence. Le sexe lui-même n'est plus une consolation, mais un motif de dérision, un sujet de panique de plus. HORACIO CASTELLANOS MOYA réussit le tour de force à la fois de nous faire rire des mésaventures du narrateur et de nous plonger dans l'horreur d'une société basée sur le crime.
 
TITRE : Déraison
AUTEUR : Horacio Castellanos Moya
TRADUCTEUR : Robert Amutio
PAYS : Salvador
NOMBRE DE PAGES : 146
PRIX : 18,95 $ / 14 €
ISBN : 978-2-9228-6842-7
DATE DE PARUTION : 2006
EXTRAIT
La nouveauté c’est qu’enfin j’ai rencontré l’Ibère auteur de la moitié des mille cent feuillets que je corrigeais avec tant d’intrépidité, Joseba, le Basque, très aimé et admiré par tous ceux qui travaillaient dans ce palais archiépiscopal, à en croire les dires que mon ami Erick et le rase-mottes nommé Mynor ont tenus en me le présentant, un Basque qui exerçait la profession de médecin psychiatre, ce qui constituait la seule explication au fait qu’il se soit enfoncé avec un pareil enthousiasme et un tel goût du détail dans un marécage de douleur dont n’importe qui ayant toute sa tête aurait fui sans le moindre délai, comme je le lui ai fait comprendre une fois que nous nous sommes retrouvés seuls dans mon bureau à revoir les corrections que j’avais faites à son texte, dès le départ propre et clair, il n’y avait qu’un médecin psychiatre originaire du Pays basque à pouvoir se plonger pendant des mois dans l’étude appliquée des témoignages de centaines de victimes traumatisées par l’orgie de sang et de poudre dont elles étaient par chance sorties vivantes, ai-je dit avec une franche admiration à Joseba, et tout de suite j’ai lu à voix haute et comme à la volée quelques-unes des phrases que j’avais transcrites sur mon calepin et qui étaient soulignées sur les pages que je feuilletais sur mon bureau, des phrases du genre Alors il a eu peur et est devenu fou une bonne fois pour toutes ou Lui c’est mon frère, il est maintenant fou de toute la frayeur qu’il a reçue ; sa femme est morte de la frayeur aussi ou Ce ne sont pas des on dit car moi je l’ai vu comment a été son assassinat ou bien celle-ci qui m’impressionnait tellement et qui disait : Parce que moi je ne veux pas qu’on me tue les gens devant, des phrases qui montraient clairement le degré de trouble mental des survivants et le danger que cet état contamine ceux qui travaillaient avec eux...

AUTEUR
Horacio Castellanos Moya est né au Honduras en 1957, mais a vécu la majeure partie de sa vie au Salvador. En tant que journaliste, il a été, outre correspondant de divers organes de presse latino-américains au Mexique et au Guatemala, le directeur du premier hebdomadaire de l’après-guerre au Salvador, Primera Plana. Son activité journalistique et politique l’a contraint plusieurs fois à s’exiler. Après Le dégoût, La mort d’Olga Maria et L’homme en arme, Déraison est son quatrième roman traduit en français et publié aux Allusifs.