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Nulle douleur comme...
Couverture Nulle douleur comme... Nous sommes en 1905, dans une île des Caraïbes, chez des hindous venus travailler avec les Créoles dans les plantations de canne à sucre. Quatre enfants vivent avec leur mère, Manman, dans une paillote en pisée, au sol en terre battue, meublée de caisses à patates. On y boit l'eau de pluie, on y dort sur des sacs à riz, on s'y vêt de sacs à farine.
Au mois d'août, tout est noir et lugubre, le vent et la pluie pilonnent le monde, les nuages sombres se rapprochent de la terre, l'eau des rizières déborde des digues. Manman vaque à tous les travaux, les enfants traquent les têtards, quand soudain le père reparaît. Fou de haine, ivre de rhum, il essaie de noyer Manman dans une cuve à lessive, et pousse les enfants terrifiés à fuir dans la pluie froide, parmi les serpents d'eau...
Doué d'un style pur et sans esbroufe, Harold Sonny Ladoo transpose la peur enfantine de l'anéantissement en une terreur primordiale venue du fond des âges, la terreur d'être dévoré par le monde, par le ciel et la terre dont les miséreux sont à la merci. Ainsi, craignant d'être mangés par les chiens errants et les rats dans la maison des morts, par les fourmis rouges, les serpents, les scorpions et les araignées venimeuses, mais aussi par le Diable et les diablesses, par les mauvais esprits et les dieux aryens, et puis par Bondieu pourri dans le ciel, Manman et ses enfants, semblables à un tas de boue vivante sous des couches et des couches de noirceur, n'ont que la folie pour horizon..
 
TITRE : Nulle douleur comme...
AUTEUR : Harold Sonny Ladoo
TRADUCTEUR : M. Flouriot et S. Péan
PAYS : Caraïbes - Canada
NOMBRE DE PAGES : 168
PRIX : 16,95 $ / 13 €
ISBN : 978-2-9228-6838-9
DATE DE PARUTION : 2006
EXTRAIT
Chemin de Tola, août 1905 Papa est revenu. Il n'a rien dit à Manman. Il est juste revenu comme un serpent. Sans bruit.
La pluie tombait en crachin. Des éclairs semblables à de longs serpents verts zigzaguaient sur la face noire du ciel. Balraj, Sunaree, Rama et Panday étaient dans la rizière, pas loin de là où Manman faisait la lessive. La rizière commençait à trois mètres à peine de la cuve. Balraj se donnait beaucoup de mal pour attraper les têtards ; ils étaient noirs, du noir des nuages de pluie, et on aurait dit des taches de goudron qui s'agitaient dans l'eau. Balraj était l'aîné. Il avait douze ans. Il se donnait un mal fou pour attraper les têtards et les mettre dans le sac à riz. Mais les têtards étaient malins, plus malins que Balraj. Ils remuaient dans l'eau comme des ivrognes ; ils lui donnaient beaucoup de mal ; ils n'arrêtaient pas de courir dans l'eau ; ils n'avaient pas de jambes mais ils couraient dans l'eau boueuse ; couraient et couraient juste pour échapper à Balraj. Balraj voulait attraper les têtards, alors il continuait de courir derrière eux ; et ils savaient que Balraj voulait les mettre dans le sac à riz, alors ils couraient pour lui échapper.
Sunaree avait dix ans. Elle traînait le sac à riz dans l'eau, juste derrière Balraj. Mais Balraj commençait à en avoir marre. Les têtards se cachaient loin de lui.
Rama et Panday avaient huit ans. Des jumeaux. Ils étaient tout-tout-nus. Ils couraient tous les deux derrière Sunaree. En courant ils donnèrent des coups de pied dans l'eau et éclaboussèrent la robe de Sunaree. Sunaree se retourna. Elle était fâchée et sa figure ressemblait à un nuage de pluie. Puis elle dit : « Allons, Rama et Panday, tenez-vous tranquilles ! »
Pendant qu'elle parlait à Rama et à Panday, Balraj glissait les mains à travers l'eau pour attraper les têtards. Il sortit ses mains. Dedans, il y avait à peu près dix têtards. Ils essayaient de sauter hors de ses mains pour retourner dans l'eau. Balraj se retourna pour mettre les têtards dans le sac à riz. Sunaree ne faisait pas attention ; elle tenait le sac dans l'eau et parlait à Rama et à Panday. Balraj se mit en colère ; il hurla :
-« Sunaree, je vais te battre ! Où est le sac ?
- Le sac est dans l'eau, frérot.
- C'est quoi qu'il fait dans l'eau ? »...

AUTEUR
Né en 1945 à La Trinité (Caraïbes), Harold Sonny Ladoo a grandi dans une famille de paysans puis a émigré en 1968 au Canada, avec sa femme et ses deux enfants. Il mène alors une double vie, passant ses journées à écrire et étudier et ses nuits à travailler dans divers restaurants pour faire vivre sa famille. En 1972, House of Anansi Press publie son premier roman, No Pain Like This Body. Ceci vaut à Ladoo d'être immédiatement reconnu comme un nouveau talent littéraire. Il retourne à La Trinité en août 1973. Ce voyage se termine tragiquement quand, à la sortie d'un bar, il est assassiné brutalement…